La table de cuisine où tout a commencé
| Ce billet de blogue fait partie de « 20 ans, 20 histoires », une série soulignant le 20e anniversaire de la Fondation 60 millions de filles. Au cours des huit prochains mois, nous partagerons les histoires des personnes qui ont façonné notre parcours — bénévoles, partenaires, donateurs et donatrices, et bien sûr, les filles qui sont au cœur de notre mission. Nous espérons que leurs voix vous inspireront autant qu’elles nous inspirent. |
Un journal. Une maman. Une folle idée.
Tout a commencé avec une manchette.
En 1999, Wanda Bedard tomba sur un article de journal qui la choqua profondément. On y parlait des femmes et des filles vivant sous le régime taliban en Afghanistan, notamment des fillettes de neuf ou dix ans mariées de force à des seigneurs de guerre qui avaient l’âge d’être leur grand-père. Des fillettes privées de leur enfance, de leur avenir, et de toute chance d’aller à l’école. Des années plus tard, une photo prise par la journaliste Stephanie Sinclair mit un visage bouleversant sur cette réalité que tant de gens préféraient ignorer.

© Stephanie Sinclair, Freie Fotografin
« Il faudrait vraiment que quelqu’un fasse quelque chose », répétait-t-elle sans cesse à ses deux filles. À la longue, elles en ont eu assez et lui ont répondu une phrase toute simple qui allait pourtant changer le cours des choses :
« Alors, toi, fais quelque chose, maman! »
Comment passer de l’indignation à l’action
Wanda a immédiatement pris ses filles au mot. Elle reconnaissait depuis toujours la chance qu’elle avait eu d’être née dans un pays où les femmes ont accès à l’éducation et aux possibilités, où l’avenir d’une fille ne lui est pas dicté avant même qu’elle ait pu en rêver. Or, pour des millions de filles ailleurs dans le monde, cette chance n’existe tout simplement pas.
Elle commença par faire du bénévolat à UNICEF Québec, pour mieux comprendre le monde du développement international et de l’éducation des filles. Puis, prête à aller plus loin, elle rassembla autour d’elle un petit groupe de femmes qui partageaient sa conviction qu’un monde plus juste est possible — et nécessaire. Huit femmes, unies par la même vision et un même sentiment d’urgence.
Elles s’installèrent autour d’une table et retroussèrent leurs manches.
Trouver un nom qui dit tout
Le groupe nouvellement formé avait besoin de trouver un nom, et cette tâche s’est avérée plus ardue que prévue. Les mots « école », « éducation » et « alphabétisation » qui décrivaient bien leur mission étaient déjà utilisés par d’autres organisations.
Puis, la publication d’un rapport en 2006 eu l’effet d’un coup de massue : soixante millions de filles en âge de fréquenter l’école primaire n’avaient pas accès à l’éducation dans le monde. Ce chiffre était bouleversant. Il était aussi, de l’avis du groupe, mobilisateur, car il traduisait à la fois l’ampleur du problème et l’ambition de leur objectif. Le groupe deviendrait la Fondation 60 millions de filles — et aspirerait à faire descendre ce chiffre à zéro.
L’appel téléphonique qui a tout démarré
La Fondation 60 millions de filles fut officiellement incorporée en avril 2006. L’équipe se fixa alors un objectif audacieux : amasser 100 000 $ CA avant la fin de l’année pour financer son premier projet. La Fondation n’avait pas encore le statut d’organisme de bienfaisance. Elle était inconnue du grand public. L’objectif, dans les circonstances, relevait du pari fou.
Cela n’empêcha pas Wanda de décrocher le téléphone.

Stephen Lewis. Source : Fondation Stephen Lewis
Elle appela la Fondation Stephen Lewis, dont elle suivait de près le travail sur le VIH/sida en Afrique. Quand Ilana Landsberg-Lewis répondit, Wanda lui livra son baratin : huit femmes, une table de cuisine, une toute nouvelle incorporation, et un plan pour amasser 100 000 $. Tout ça devait sembler, Wanda en convient, plutôt tiré par les cheveux.
Ilana écouta avec patience et bienveillance. Puis elle proposa un projet : UMOYO, en Zambie. Sa description du projet était si enthousiasmante que le partenariat fut conclu sur-le-champ. La Fondation Stephen Lewis accepta d’émettre des reçus fiscaux pour les dons reçus et, fait remarquable, accepta que Stephen Lewis lui-même soit le conférencier invité à l’événement de collecte de fonds de 60 millions de filles cet automne-là.
Le 31 décembre 2006, les 100 000 $ avaient été amassés. Chaque dollar est allé à UMOYO.
Vingt ans plus tard
Ce qui a débuté autour d’une table de cuisine a pris une ampleur que Wanda et les membres de son équipe n’auraient pu imaginer à ce moment-là. À ce jour, la Fondation 60 millions de filles a soutenu des centaines de milliers de filles et de garçons dans plus de 20 pays, en investissant 5 400 000 $ CA dans plus de 40 projets.

Wanda en compagnie d’élèves au Guatemala. Photo : Josiane Farand, 2019

Wanda entourée de jeunes au Bosawas, Nicaragua. Photo : Josiane Farand, 2019
Tout a commencé avec un article de journal, deux pré-ados qui ont poussé leur mère à l’action, et huit femmes convaincues que l’indignation, à elle seule, ne suffit pas — mais qu’elle peut servir de moteur pour changer le monde.
L’histoire de Wanda vous inspire ? Découvrez comment vous pouvez faire partie du prochain chapitre de la Fondation ici : Vous impliquer – 60 millions de filles.