2012 – Ouganda

Offrir une éducation de qualité aux orphelines affectées par le VIH-SIDA en Ouganda

Partenaire : La Fondation Stephen Lewis

Twesigye Jackson Kaguri est né et a été élevé en Ouganda, dans le petit village de Nyakagyezi. Très jeune, il a démontré une immense soif d’apprendre. Cela l’a poussé vers des études, d’abord à l’Université Makerere de Kampala, puis à l’Université Columbia de New York où il a été boursier. En 1996, alors qu’il étudiait à Columbia, son frère est mort du VIH-SIDA. Jackson est devenu par le fait même responsable de ses trois neveux. Cela l’a fait réfléchir au problème de tous les enfants laissés orphelins par cette maladie. Ceux-ci se retrouvent, dans le meilleur des cas, dépendants de grands-parents qui, le plus souvent, n’ont pas les moyens de les faire vivre, et encore moins de leur offrir une quelconque éducation ; dans le pire des cas, ils sont laissés à eux-mêmes, devenant ainsi plus vulnérables aux abus de toutes sortes. Pour remédier à ce problème, Jackson a mis en place la Fondation Nyaka VIH-SIDA (que l’on appellera simplement «Nyaka» dans ce qui suit) – dont il est aussi le directeur exécutif – avec comme objectif de prendre soin de ces enfants qui n’ont pas eu la chance d’avoir un oncle pour s’occuper d’eux, à la mort de leurs parents.

Nyaka est soutenue par la communauté. Elle a construit et dirige deux écoles primaires pour les orphelins du VIH-SIDA dans des régions rurales éloignées du sud-ouest de l’Ouganda : l’école Nyaka dans le District Kanungu et l’école Kutamba dans le District Rukungiri. Ces écoles offrent une éducation gratuite aux enfants les plus pauvres, pour la plupart des filles orphelines sous la responsabilité de leur grand-mère. Nyaka a aussi développé une série de services et programmes communautaires – jardinage, bibliothèques, logement, eau potable et sanitaire, visites de santé et conseils nutritionnels – en se basant sur le fait que des enfants ne peuvent s’épanouir dans une communauté en butte à ces difficultés. En janvier 2011, les deux écoles ont ouvert une maternelle destinée à 30 enfants. En accord avec la mission de la fondation 60 millions de filles qui est de favoriser l’accès à l’éducation des filles les plus marginalisées et défavorisées, ce projet, en partenariat avec la Fondation Stephen Lewis (FSL) vise à accroître la scolarisation et le maintien à l’école des orphelines et orphelins du VIH-SIDA en Ouganda.

Historique

La pandémie de VIH-SIDA en Ouganda a produit plus de 2,2 millions d’enfants orphelins (i.e. qui ont perdu un ou deux parents). Dans les districts extrêmement isolés de Kanungu and Rukungiri, où se situe le projet actuel de Nyaka, des milliers d’enfants sont orphelins et, selon les statistiques officielles, ce nombre ne cesse de croître.

Au traumatisme d’avoir perdu un parent, s’ajoute le fait que ces enfants manquent des nécessités de base : logement décent, nourriture, vêtements, soins de santé et éducation. La mort d’un parent signifie en effet que, souvent, ils doivent aller vivre avec des parents éloignés et par le fait même se séparer de leurs frères et sœurs, de leur école et de leur communauté d’origine. Si en plus ils sont séro-positifs, l’accès à des services de santé et d’éducation constitue dans bien des cas un obstacle insurmontable. Dans ce cas, aller à l’école devient pour eux impossible : ils ne peuvent marcher, et les moyens de transport sont inexistants. Même s’ils ne sont pas atteints de la maladie, ces enfants orphelins, lorsqu’isolés et vulnérables, deviennent des proies faciles pour toutes sortes d’abus, sexuels et autres, ce qui les expose encore plus au VIH-SIDA.

Le projet de Nyaka a fait face à cette crise avec un programme dynamique et holistique. On a vite compris que des enfants affamés et malades ne peuvent apprendre. C’est pourquoi on a pensé offrir non seulement une éducation gratuite de qualité, mais aussi des programmes de mentorat, de l’amour, de la sécurité, des soins de santé, des repas nutritifs et du conseil, tant familial qu’individuel. Les familles bénéficient par exemple de visites d’infirmières à domicile, de sessions de formation sur la prévention du VIH-SIDA, et de sources d’eau potable qui profitent à l’ensemble de la communauté. Nyaka a trois infirmières à plein temps et deux cliniques infirmières desservant chaque semaine plus de 800 personnes des villages entourant les écoles de Nyaka et de Kutamba. En plus, des clubs anti-VIH, des programmes communautaires de sensibilisation à la maladie et des émissions radio atteignent au total plus de 30 000 personnes.

Nyaka reconnaît que les filles et les femmes sont sur-représentées dans l’ensemble des personnes affectées par le VIH-SIDA en Ouganda, d’où sa préoccupation de s’assurer que les filles constituent au moins 55 % des inscriptions scolaires. Le projet fournit aussi des produits sanitaires et favorise les aidants naturels, de façon à ce que les filles ne soient pas empêchées d’aller à l’école pour s’occuper de la maison. Nyaka croit que, par l’éducation, la vie d’une fille peut être transformée : elle aura alors moins tendance à être infectée par le VIH-SIDA et plus de chances de vivre une vie saine, en sécurité et autonome.

Les objectifs du projet

La subvention de 100 000$ de la fondation 60 millions de filles sera gérée à partir des objectifs et activités suivants :

Objectif 1 : Offrir une éducation primaire à 462 élèves (dont 55 % sont des filles). Ce projet va aider Nyaka à offrir une éducation gratuite et de qualité aux deux écoles pour orphelins du VIH-SIDA, celle de Nyaka (254 élèves) et celle de Kutamba (208 élèves). Il va aussi fournir le matériel nécessaire à cette éducation (uniformes, manuels et fournitures scolaires, serviettes sanitaires, etc.) ainsi que deux repas nutritifs par jour qui seront servis à 349 élèves (le reste étant subventionné par d’autres fonds).

Objectif 2 : Offrir des services de santé et d’habiletés de vie. L’aide de la fondation 60 millions de filles va permettre à Nyaka de continuer à fournir des services de santé gratuits à tous les élèves et à leur famille (deux infirmières affectées à l’école de Nyaka et une à Kutamba), incluant le transport d’urgence à des cliniques médicales, des visites à domicile, des cliniques dans les écoles, ainsi que la distribution à l’école de médicaments. En plus, Nyaka offrira du conseil – individuel et familial – pour les élèves dans le besoin, ainsi que des sessions sur les habiletés de vie (life skills) données par les enseignants à tous leurs élèves, à quoi s’ajouteront des sessions de conseil individuel après la classe.

Objectif 3 : Aider le programme communautaire « Nutrition et jardinage ». Ce projet servira à faire en sorte que le potager de l’école puisse continuer à se développer et à produire des légumes et des fruits utilisés pour compléter le programme de repas nutritifs servis aux élèves, produits que ceux-ci peuvent à l’occasion emporter chez eux après la classe. Nyaka va aussi continuer à élever quatre chèvres pour leur lait, de façon non seulement à compléter les besoins nutritionnels des élèves, mais aussi à générer un revenu durable. Pour favoriser la sécurité alimentaire dans la communauté, Nyaka va enfin, dans le cadre de ce programme, distribuer des semences de légumes.

Objectif 4 : Aider le programme communautaire « Sensibilisation au VIH-SIDA ». L’aide de la fondation 60 millions de filles va permettre aux jeunes garçons et filles de Nyaka de faire face à leurs sentiments de perte et de deuil, et de les sensibiliser au VIH-SIDA et à sa prévention. On prévoit pour cela de l’art-thérapie tels que théâtre, chants, etc. dans un «Club anti-VIH». Ce projet va de plus subventionner des programmes radio bimensuels en langue indigène (Rukiga) qui permettront de toucher une large audience de grands-mères et d’orphelins avec des messages de prévention et de soins améliorés du VIH-SIDA. Nyaka pourra également continuer, ce qui est très important, les tests volontaires de cette maladie et le conseil aux grands-mères et aux élèves des deux écoles, en collaboration avec l’Hôpital Kambuga, l’Hôpital Kisiizi et le gouvernement local ougandais.

Pourquoi un partenariat avec la Fondation Stephen Lewis ?

Ce projet est le troisième où la fondation 60 millions de filles subventionne un projet à travers la Fondation Stephen Lewis (FSL). Nous valorisons la façon dont la FSL évalue et assure le suivi des projets qu’elle retient. Nous partageons avec elle une philosophie de l’aide au développement favorisant des projets issus de la base, i.e. développés par les communautés locales pour répondre à des besoins précis. Nous sommes particulièrement fiers de notre association avec la FSL, surtout à cause de la transparence de son travail et de ses coûts modestes d’administration. Nous avons ainsi bâti avec elle, au fil des années, une relation de collaboration de travail entièrement satisfaisante.

Lorsque la Fondation Stephen Lewis a commencé à subventionner la Fondation Nyaka en 2005, le projet consistait à aider à scolariser quelques douzaines d’enfants. Aujourd’hui, la Fondation Nyaka se situe dans le tiers supérieur des subventions accordées par la FSL, qui est énormément impressionnée par l’impact que leurs projets a eu sur les transformations d’une communauté. La relation a progressé entre les fondations FSL et Nyaka à mesure que cette dernière se développait en termes de taille, d’efficacité, d’échelle et de capacités, devenant un exemple maintenant suivi internationalement. Nyaka a mis sur pied une équipe dynamique, comprenant des talents multiples d’enseignants, de travailleurs de la santé, de professionnels administratifs et financiers, d’élèves et de représentants des communautés, ce qui leur permet d’être toujours à la fine pointe de la réponse au VIH-SIDA en Ouganda.

Le projet de Nyaka est ambitieux, stratégique, et motivé par les besoins des enfants et ceux de leur famille et de leur communauté. L’organisme a aussi obtenu un résultat non prévu, à savoir de créer des emplois permettant aux gens de gagner leur vie dans leur propre communauté sans devoir quitter leur foyer pour des centres urbains. Ainsi, les familles peuvent rester ensemble, ce qui renforce l’économie locale et sert de contrepoids à un facteur important de la pandémie, à savoir la nécessité de quitter pour un emploi dans les villes où on peut devenir séro-positif et, lors de retours sporadiques à la maison, infecter des membres de la communauté. Pour toutes ces raisons, la fondation 60 millions de filles est fière de participer à ce projet.