2009 – Zimbabwe

RESPONSABILISER LES FILLES GRÂCE À L’ÉDUCATION AU ZIMBABWE

Partenaire : La Fondation Stephen Lewis

L’organisme Girl Child Network (Réseau des filles) a été créé en 1999 pour donner une voix aux filles (âgées de 16 ans et moins) du Zimbabwe. Grâce à une formation proactive et à des interventions préventives, Girl Child Network (GCN) donne aux filles les moyens de parler d’une voix forte en leur propre nom et de dénoncer la violation de leurs droits. Il est venu en aide directement à plus de 60 000 filles dans 700 clubs de filles, dans 40 des 58 districts du pays. Il a également créé trois villages de responsabilisation des filles, où les filles qui ont survécu à des abus sexuels peuvent trouver refuge et obtenir des services de réadaptation.

La raison d’être profonde de l’organisme est la conviction que l’éducation des filles ne doit pas être une exception, ce doit être la règle. L’éducation doit être dispensée au-delà du niveau primaire pour que les filles deviennent infirmières, enseignantes, médecins, professeures, car une éducation complète leur permettra de devenir des membres à part entière de la société zimbabwéenne.

En deux ans seulement, le pourcentage de filles ayant abandonné l’école – en particulier dans les zones rurales – a grimpé de 20 % en 2006 à 60 % en 2008. De nombreux facteurs aggravent le problème. Le Zimbabwe émerge à peine d’une période de quasi-guerre mais les violences politiques se poursuivent, et la plupart des écoles ont été transformées en bases militaires pour les milices de jeunes. De plus, l’inégalité des genres s’inscrivant dans un contexte historique, les filles sont souvent traitées comme des citoyennes de seconde classe, confinées à la sphère domestique et forcées au mariage. Malheureusement, la situation empire à cause de la crise économique. Si rien n’est fait, le développement des filles sera gravement compromis.

Le Zimbabwe vit aussi une période d’hyperinflation. L’inflation est estimée à plus de 11 millions pour cent, ce qui résulte notamment en une augmentation des frais de scolarité qui semblent haussés tous les jours par les autorités responsables des écoles. Les filles vont à GCN pour négocier leur réadmission à l’école après avoir été dans l’impossibilité de payer les frais additionnels exigés. À cause des pressions inflationnistes, GCN doit, chaque mois, augmenter les fonds consacrés au paiement des frais de scolarité qu’il assume, et il éprouve des difficultés à suivre.

Actuellement, la situation des enseignantes est tout aussi déprimante : plusieurs ont dû fuir leur lieu de travail à cause de la violence et de l’intimidation incessante. Le besoin est crucial de rendre les enseignantes autonomes et de les soutenir dans un tel environnement. Si les enseignantes ne sont pas responsabilisées, elles ne peuvent pas rester confiantes en elles-mêmes, aider leurs élèves à devenir autonomes et servir de modèles forts aux filles.

Le financement de 60 millions de filles

Avec le financement de la Fondation 60 millions de filles, GCN, sur une période d’un an, augmenterait l’accès des filles à l’éducation et réduirait la vulnérabilité de filles vivant avec le VIH ou le sida ou dont la vie est perturbée à cause de la maladie ou de la mort d’un membre de leur famille (un des deux parents, et même les deux). Le financement permettrait à GCN de continuer de payer les frais de scolarité, de répondre aux besoins éducatifs et de base (par exemple les uniformes), et de dispenser les services essentiels de guidance et de soutien psychosocial. Dans les villages de responsabilisation et les unités d’entraide, GCN travaillerait à faire tomber les obstacles additionnels reliés aux disparités selon les genres, enracinés dans la société, qui font courir des risques de violence et d’abus sexuels aux filles et les empêchent d’exercer leur droit à l’éducation. GCN aiderait également à maintenir les enseignantes dans leur milieu de travail, en créant un réseau d’appui social pour celles qui ont vécu des difficultés à cause de la violence et de l’intimidation continuelle.

Les résultats ultimes escomptés par GCN des filles dans le cadre du projet Responsabiliser les filles grâce à l’éducation, au Zimbabwe? Que, partout au pays, un plus grand nombre de filles fassent leur chemin, développant tout leur potentiel pour devenir des leaders. Certaines des diplômées, qui travaillent encore au sein de GCN, sont les seules infirmières et les seules enseignantes dans leur communauté, et plusieurs siègent au conseil d’administration de l’organisme. GCN veut limiter le nombre d’abandons scolaires chez les filles et aider au maintien des enseignantes dans les communautés où elles travaillent. Il veut également créer une force agissante, des regroupements de jeunes femmes qui vont réinvestir dans leur communauté. Ces femmes, d’un type nouveau, vont contribuer à la lutte pour l’égalité entre les genres et l’équité, et relever les défis que posent non seulement le VIH et la pandémie de sida mais aussi la violence fondée sur le genre.

Dans son ensemble, le projet va s’adresser à 500 filles vivant dans 10 provinces. Parmi elles, Girl Child Network va en désigner 300 qui ont besoin qu’on paie leurs frais de scolarité, ce qui fait partie de la stratégie globale de GCN visant à s’assurer que les filles les plus vulnérables et les plus démunies peuvent rester à l’école. Bien que ces 300 filles puissent avoir besoin de plus d’aide, GCN va faire une autre évaluation pour déterminer quelles filles sont dans une situation désastreuse et ont un besoin urgent d’uniformes, de fournitures scolaires et d’articles de première nécessité. Étant donné les ressources limitées GCN, ce sont ces filles-là, particulièrement désavantagées, qui auront la priorité. Tout ceci fait partie des actions menées dans le but de dispenser aux filles vulnérables une éducation de base complète, de manière qu’elles puissent participer au Women as Role Model Program (programme Des femmes comme modèles).

Toutes les filles membres des Clubs de filles pourront bénéficier du programme Des femmes comme modèles et d’autres activités proposées dans le projet, comme les filles qui reçoivent un soutien à la scolarisation et une aide pour les articles de première nécessité.

Le programme Des femmes comme modèles

Le programme Des femmes comme modèles fait partie de l’objectif global de GCN, responsabiliser les filles. GCN définit la responsabilisation comme un processus. En facilitant les discussions, en stimulant la confiance en soi des filles et en leur fournissant les ressources nécessaires (programmes pertinents, bourses, etc.), l’organisme donne aux filles les moyens d’acquérir leur autonomie et de développer leur potentiel. Le programme adopte une approche proactive qui vise le développement et l’autonomie des filles, de manière qu’elles puissent faire face efficacement aux difficultés de la vie. Il offre un apprentissage expérientiel individuel ainsi que du mentorat au sein de groupes et de clubs de filles.

Le programme comprend deux parties. Premièrement, GCN va ramener dans leur village des diplômées de l’organisme âgées de 18 à 28 ans, des femmes qui se sont réalisées (médecins, avocates, employées de banque, pilotes, ingénieures, etc.), pour qu’elles parlent avec les filles de leur expérience et des solutions qu’elles ont trouvées pour déjouer les nombreux obstacles qui ont surgi au cours de leur ascension vers le succès. Le programme va permettre de donner aux filles une vision du monde nouvelle et positive, en particulier là où les filles ont peu d’espoir d’aller à l’école. Quatre fois par année, on va réunir les filles de différents villages pour qu’elles rencontrent ces femmes mentors.

Deuxièmement, GCN va s’assurer que les filles retirent le maximum de leur formation en leadership : elles vont rencontrer des mentors, notamment des anciennes élèves de GCN et des bénéficiaires de bourses d’études. GCN va organiser des visites locales régulières de mentors pour que ces diplômées puissent leur inculquer des habiletés en matière le leadership.

Le rôle des enseignantes

Les modèles de rôle que connaissent les filles à l’école sont, naturellement, les enseignantes. Ce dont GCN s’est rendu compte, c’est que la plupart des enseignantes vivent des relations violentes, que dans les écoles, les directions sont dominées par des hommes, et que les croyances, les attitudes et les pratiques patriarcales tendent à faire obstacle à la scolarisation des filles.

C’est pourquoi GCN a décidé d’agir pour que les enseignantes se responsabilisent et développent leurs capacités. Les enseignantes vont suivre trois ateliers qui comprennent des exercices d’acquisition de confiance en soi ; elles vont ainsi apprendre à s’exprimer clairement et à défendre les droits des filles, lorsque les croyances, les attitudes et les pratiques culturelles et religieuses contrecarrent l’accès des filles à l’éducation.

En ces temps de crise, alors que les enseignantes ont dû s’enfuir à cause de la violence et ne peuvent continuer à jouer leur rôle de modèle, GCN encourage les enseignantes à partager leurs compétences avec les filles des clubs scolaires. L’enseignement est dispensé dans un environnement informel, le soutien est maintenu, donc la continuité de ce très important processus d’appui et de responsabilisation est assurée.

De plus, on enseigne aux enseignantes comment faire le contrôle continu des connaissances et l’évaluation des progrès des filles, pour que celles-ci apprennent à valoriser l’éducation et la voient comme un investissement pour la vie. Les enseignantes reçoivent une formation sur le développement d’indices, et lors des rencontres hebdomadaires des clubs, les filles font un exercice d’autoévaluation pour s’assurer qu’elles ont obtenu des résultats tangibles en matière de responsabilisation. L’objectif est l’établissement d’un modèle grâce auquel les enseignantes, puis à leur tour les élèves, développent leurs capacités par la formation à la responsabilisation, en menant leur vie avec assurance, et en donnant des exemples de la manière dont on peut atteindre le succès, particulièrement en s’instruisant.